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[Côte d’Ivoire] Ces orphelins de guerre de l’Ouest, blessés à vie

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Les enfants fiers de dire aurevoir

Sous-préfecture de Mahapleu dans le département de Danané, une localité ivoirienne située à 681 km au nord-ouest d’Abidjan et 73 km à l’est de la capitale de la région du Tonkpi (Man). En ce jour du 9 avril 2017 dédié à la célébration des Rameaux, les premiers pensionnaires de l’Orphelinat ‘’Abri d’Espoir de Côte d’Ivoire’’ (Oaeci)  à peine revenus de l’église, se regroupent sur la terrasse.

Le retour de quelques enfants de l’église

Un premier constat qui dégage toute la galère et la misère que vivent les orphelins de  cette localité. Jusqu’à 13 heures passées, dans ce centre d’accueil dont la particularité est que les pensionnaires sont tous issus des zones touchées par la crise qu’a connue la Côte d’Ivoire en 2002, aucun bruit d’ustensiles ne se faisait entendre de la cuisine. Aucune odeur fumante, encore moins une fumée ne s’y dégageait.

De la porte légèrement entrouverte, on aperçoit les bols vides des pensionnaires entassés dans un panier de liane. L’une des gamines n’a pas trouvé mieux que de s’offrir quelques amendes pour assouvir son besoin nutritionnel. Assise dos aux visiteurs, la petite est tellement concentrée à casser les noix qu’elle ne s’aperçoit pas de la présence humaine à ses côtés. À la première interrogation, elle se lève en sursaut, la main à la bouche pleine et donne une réponse mitigée. « Je n’ai pas faim, c’est parce que j’ai envie de manger des noix de palme », indique-t-elle. En revanche, elle répond par la négative et sourit pour cacher sa faim quand il s’agit de savoir si elle a mangé à midi.

La fillette, surprise, se lève en sursaut, la bouche pleine.

Les autres pensionnaires qui reviennent du culte n’affichent pas, eux non plus, un air serein, tenaillés par la faim. Les regards désespérés, hagards et interrogateurs, des pas lourds, ils rentrent par petits groupes, rendent les civilités aux visiteurs et prennent place sur la terrasse de l’orphelinat.

La plus petite, R. O. Z., âgée de 6 ans en classe de CP2, à l’EPP Soleil 1 ne quitte pas des yeux Mme Tomé, leur ‘’mère’’ . Revenu de l’église quelques longues minutes plus tard, le responsable de l’orphelinat, pasteur Tomé Manin Joseph tend un billet de 2000 FCFA à son épouse pour faire le marché.

Une vie de galère et de misère. Quant à, A. K., 14 ans, l’aîné des pensionnaires, il est préoccupé par sa lessive. Inscrit en classe de 5e au Collège moderne de Mahapleu, il rejoint son ‘’père’’ quelques minutes après. Il ne cache pas son amour pour la médecine: « Je souhaite devenir médecin pour donner la vie à ceux qui en ont besoin.» En revanche, pour le repas du dimanche des Rameaux, il n’en fait pas une fixation : « Quand papa a les moyens, maman nous confectionne des repas de fête. »

Cet orphelinat que le pasteur Tomé Mamin Joseph de la mission baptiste ‘’Source du Rocher’’ (fondateur), qualifie de ‘’provisoire’’, compte 150 pensionnaires dont 27 permanents.

Les plus âgés s’apprêtent à réviser leurs leçons

L’intérieur s’ouvre sur un grand salon de 5 m de large et 6 m de long environ avec deux chambres. Dans l’intimité de ces gamines et gamins, une chambre est réservée aux filles avec un grand lit et quelques lits superposés. Ces mêmes dispositions sont prises dans la chambre des garçons. Pour les besoins naturels, le centre dispose de deux toilettes dont l’une à l’intérieur. « Les enfants sont suivis par un infirmier diplômé d’Etat pour leurs soins médicaux», indique Tomé Manin Joseph pour couper court à la curiosité.

Sur le point fait de la nourriture, c’est la galère et la misère. « Ici, le sac de 30 kg n’a qu’une durée de trois jours. Mon épouse prépare 10 kg par jour », lâche-t-il. Souvent, ces gamins passent de longs jours dans la faim et dans la prière. « Les 1er, 2 et 3, puis les 10, 11 et 12 mars 2017, les enfants n’ont pas mangé parce que je n’avais rien», se souvient-il la tête entre les mains.

Aux encablures de l’orphelinat ‘’provisoire’’, le pasteur montre le nouvel orphelinat en construction, perdu dans la broussaille; la construction s’est arrêtée, faute de moyens.

Néanmoins, face à toutes ces difficultés qui rappellent les durs et difficiles moments de la crise, le fondateur garde espoir d’un rêve né en 2008. À cette période, il a eu un site à Mondoukou, non loin de Grand-Bassam au sud d’Abidjan, avant de se retirer définitivement en 2016, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. « J’ai décidé de m’installer ici, parce que la majorité des orphelins que nous recensons proviennent de l’Ouest », renchérit-il.

Il garde la  foi en son projet, et ne tarit pas d’éloges à l’endroit du verset: Jacques 1; 27, qui dit : « La religion pure et sans tache, devant Dieu notre Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, et à se préserver des souillures du monde. »

Ces enfants sont recensés dans les régions de Bangolo, Kouibly, Logoualé, Duékoué, Man, … et sont unis par un même destin : celui d’avoir perdu un ou les deux parents. « Certains parents de ces enfants nous approchent sur indication de ceux qui ont des progénitures au centre, d’autres nous appellent », indique-t-il. Pour les scolariser, il fait établir des extraits d’acte de naissance en collaboration avec les parents. « C’est ce que nous avons fait pour les 150 enfants recensés», explique-t-il.

De l’humiliation à la frustration. Ils sont reconnus comme des orphelins issus de familles très pauvres. Leur seul ‘’père’’ et leur seule ‘’mère’’ demeurent le couple Tomé. Même les 123 enfants restés en famille sont au petit soin du fondateur de l’orphelinat : « L’orphelinat s’occupe de leur scolarisation, en attendant que la construction en cours voire le jour.»

Le pasteur montre le bureau de l’orphelinat, perdu dans la broussaille dont la construction s’est arrêtée, faute de moyens.

En effet, depuis 2004, l’orphelinat est bénéficiaire d’un terrain d’une superficie de 3600 m2, dans le même quartier. Un site sur lequel, les murs de la seule construction faisant office de bureau sont noircis par la moisissure, le tout perdu dans la broussaille. Autant dire que ce sont des plants de maïs qui occupent pour l’heure le reste de la parcelle. « Nous avons arrêté la construction parce que les moyens manquent. Mais la reprise des travaux sera pour bientôt », indique le pasteur Tomé Mamin Joseph.

Malheureusement, au fur et à mesure que les années passent, les aides et les dons parviennent à l’orphelinat au compte-gouttes. Et dire qu’elles (aides) ne parviennent pas du tout, n’est pas faux. La seule et  unique chance pour ces enfants reste le droit d’être inscrits à l’école. « J’ai déposé des demandes d’aides un peu partout, même au cabinet de la Première dame. Celui qui s’occupe du dossier, un fils de  la région (dont je préfère taire le nom), m’a rabroué dans son secrétariat avec des mots durs et déplacés. Cela ne m’a plus encouragé d’aller vers un quelconque ministère », s’indigne-t-il, la décharge du courrier entre les mains. « C’est de son droit, seulement à défaut de m’encourager, il aurait pu proposer une solution », ajoute le pasteur.

Entre l’espoir d’effacer les ‘’meurtrissures’’ dont les enfants souffrent, la bonne volonté et la bonne foi du fondateur de l’orphelinat ‘’Abri d’Espoir de Côte d’Ivoire’’,  des défis à relever se présentent chaque jour au pasteur Tomé Mamin Joseph. Et ce sont les gamins qui en pâtissent.

Sériba Koné envoyé spécial à Mahapleu

Encadré

Des élèves  »assidus, disciplinés et travailleurs »

La direction du groupe scolaire EPP Soleil 1 et 2 ne cache pas sa fierté à l’endroit des seize écoliers de l’orphelinat ‘’Abri d’Espoir de Côte d’Ivoire’’. Le directeur de l’EPP Soleil 1, Tahé Narcisse, et celui de l’EPP Soleil 2,  Toueu Kanoueu Marcel accueillent respectivement sept et neuf écoliers qui sont pour eux, des exemples de réussite. Car des élèves « assidus, disciplinés et « travailleurs, qui participent activement au cours. » « Ce sont des enfants qui avaient déjà une bonne base depuis Grand-Bassam d’où ils sont venus », indiquent-ils.

Cette bonne conduite se traduit dans leur travail en classe. A l’EPP soleil 1, sur un effectif de 44 élèves, B.K.A. âgée de 13 ans, en classe de CE2 A, est classée 1ère avec une moyenne de 9,58/10 avec la mention : « Bonne conduite. » La moyenne la plus basse des sept pensionnaires de l’orphelinat dans cet établissement est détenue par G.G.A. âgé est de 9 ans. Il est classé 12ème , avec une moyenne de 6,05/10, avec la mention : « Bonne conduite. »

A l’EPP Soleil 2, ces orphelins se font également distinguer par leur rendement scolaire. La fillette de 9 ans, O.J.E en classe de CM1B, est classée 1ère sur un effectif de 55 élèves, avec une moyenne 9,70/10 et  comme mention : « Bonne conduite. » Seule, la petite, O.Z.C, âgée de 10 ans en classe de CM1 B, doit se remettre au travail. Elle a obtenu la moyenne la plus basse qui est de 3,94/10.

Au secondaire, six élèves sont inscrits au collège moderne de Mahapleu. Mlle O. Zr. R., âgée de 14 ans, inscrite en classe de 6e9 a la meilleure moyenne des orphelins du collège avec 12,02 et se classe 10e/73 élèves et une conduite de 16/20.

Ces élèves, hormis Zl.M.M., âgée 13 ans de la classe de 6è7 qui a une moyenne de 02,11/20 et classée 75e/76 élèves, mais une bonne conduite de 16/20 ; travaillent assez-bien. Le principal, Sanogo Souleymane, en est très satisfait et ne tarit pas d’éloges à l’égard de ces orphelins. “Ils ont une bonne conduite, participent au cours. C’est bien, ils sont à encourager”, indique-t-il.

Ces gamines et gamins ont eu le droit d’être inscrits à l’école. Ils sont disciplinés et ont de bonnes notes en conduite. Ces attitudes leur ouvrent certainement le chemin d’une insertion sociale future.

Sériba K.

kone.seriba67@gmail.com

 

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