(Côte d’Ivoire Marcory) Menacés de déguerpissement, les occupants des «mille maquis» exigent réparations.

(Côte d’Ivoire Marcory) Menacés de déguerpissement, les occupants des «mille maquis» exigent réparations.

En plein confinement pour cause de pandémie, au moment même où les Ivoiriens, les chefs d’entreprises notamment, tournent presqu’à perte et que des employés sont reclus à domicile, c’est ce moment que les autorités municipales de la commune de Marcory, à l’instar de leurs collègues du District autonome d’Abidjan, choisissent pour déguerpir les occupants de cet espace qui jadis a fait la fierté des abidjanais.
Les faits
Ce samedi, autour de 14h, notre rédaction reçoit un coup de fil anonyme. Notre interlocuteur au bout du fil nous explique la survenue d’une note du « Directeur des services techniques et de l’environnement » de la mairie de Marcory, qui met en demeure les occupants de l’espace dit des « mille maquis ». Il leur est demandé de libérer le site dans un délai de 72h pour libérer les lieux. Nous avons envoyé une équipe de reportage. Sur place, elle a trouvé des adultes, aux regards hagards, et manifestement aux abois, affichant clairement leur colère.
Assis sous un arbre, autour d’une table de fortune, des hommes et des femmes bavardent chaudement. Ils se réjouissent de notre présence.
« Le 14 janvier dernier, nous avons reçu un courrier de la mairie, nous intimant de libérer cet espace, avant le 31 du même mois, à 18h. On pouvait clairement lire ceci « les services de la mairie procèderaient à notre déguerpissement, sans d’autres formes de préavis (…) », soutient dame Karamoh Dodo qui explique s’y être installée depuis le premier semestre des années 90.
« Dans la foulé (…) », renchérit son voisin, qui répond au nom de Kouadio, par ailleurs enseignant à la retraite, « (…) Au nom du bureau de l’association des commerçants et opérateurs économiques des mille maquis, nous avons alors demandé une audience expresse auprès du premier magistrat de la commune, à l’effet de comprendre l’opportunité de sa décision et l’implorer par conséquent, afin qu’il tiennent compte de notre investissement qui s’étale sur plusieurs décennies dans ce secteur (…) »
« C’est ainsi qu’il nous a reçu le 20 janvier. Nous avons à l’occasion,profité pour lui adresser nos vœux de nouvel an, l’habillant symboliquement en tenue traditionnelle. L’ambiance était bon enfant. Je me souviens m’être mise à genoux, pour le supplier, afin qu’il tienne compte de notre situation. C’est en ce moment-là, qu’il nous a donné 90 jours, entre début février et fin avril, pour libérer l’espace (…) », indique dame Karamoh Dodo, qui y tient deux bars, à savoir « Bel Italia » et le célébrissime Marcory Gazoil, en abrégé « MG », qui a fait parler de lui, dans les années 90.
Comme motif, le premier magistrat de la commune de Marcory, le sieur Abi Raoul, a expliqué à ses visiteurs, que cet espace devait servir en la réalisation d’un important projet, à caractère commercial. Autour du maire ce jour là, plus de deux cent (200) indigents, tous ayant directement ou indirectement un intérêt croisé en ce mythique espace.
« Il a demandé que nous dressions une liste claire et lisible de tous les occupants. Il a même indiqué que nous bénéficieront de mesures d’accompagnement, telles, les facilités d’obtention de magasins, à des montants arrangés. Il avait promis nous recevoir une seconde fois, après s’être entretenu avec les nouveaux bénéficiaires des lieux, aux fins d’arrondir les positions. Depuis ce jour jusqu’à ce jour, nous faisons le pied de grue pour voir notre maire que nous avons élu…en vain !(…) », martèle le sexagénaire, visiblement très remonté.
Le bureau de l’association, qui défend leurs intérêts auraient, à les entendre, plusieurs fois frappé aux portes des bureaux du nommé Abdoul, le directeur de cabinet du maire PDCI de la commune de Marcory, sans succès non plus.
Deux courriers frappés de la mention « courrier arrivé », respectivement en date du 1er mars et du 27 avril de l’année en cours, et dont AGM NEWS a reçu copie, corroborent nettement ces allégations.
Le pic de la menace fut véritablement atteint le mercredi 29 avril dernier. En effet, alors que les occupants s’attendaient encore en la manifestation d’un miracle, ils reçoivent une dernière sommation qui leur donne seulement 72 h pour débarrasser le plancher.
« Dans le cadre de l’aménagement de l’espace des « mille maquis », je vous prie de bien vouloir prendre les dispositions, pour dementeler votre installation sur ledit espace dans un délai de soixante douze (72 h), à compter de la date de réception de cette mise en demeure. Passé ce délai, les services de la mairie procéderont à votre déguerpissement sans autre forme de préavis. », signé le maire et par délégation, le directeur des services techniques et de l’environnement, Logon Kouadio.
Du coup, cette information est perçue par les exploitants, comme un message de deuil.
« La main qui demande est toujours en bas (…)», ironise le doyen kouadio, qui explique avoir rénové son établissement, tombé en ruine, après l’incendie qui avait ravagé le secteur une nuit du 17 au 18 décembre 2016.
« J’étais chez moi à Bouaflé, lorsque le sinistre se produisait. J’ai dû avoir recours à un crédit bancaire de deux millions pour réhabiliter mon affaire. J’y avais tellement cru. Je n’ai même pas eu le temps de travailler pour rembourser la banque qu’on me demande de partir. Nous demandons solennellement à notre maire, qu’il nous assiste en ces moments douloureux ».
L’homme rappelle en effet avoir rencontré le député et la sénatrice de la commune, en vue d’une résolution gagnant-gagnant, sans succès. Tous clament leur impuissance face au problème.

Les noceurs et autres professionnels du show biz, anciens ou jeunes, encore en activité, d’Abidjan à Paris en passant par Kinshasa, Brazzaville, Washington, Yaoundé et Libreville, personne n’ignore la célébrité de ce lieu, qui verra naître dans l’ambiance des années 90, la propension de plusieurs groupes zouglou. L’artiste Zitani Nel, auteur du très remuant titre « Marcory gasoil » est sorti des entrailles de ce haut lieu de la culture, de la gastronomie et du tourisme ivoirien. Vivement une solution, quitte à soulager ces pères et mères de familles à se refaire dignement une nouvelle vie sous d’autres cieux.
(Toute reproduction, même partielle, interdite)
EKB
Infos : AGM NEWS

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