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[Cote d’Ivoire] Ouverture enflammée du congrès-colloque de l’Olped à Yamoussoukro

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Une vue de la table de séance

– Guillaume Gbato (porte-parole des journalistes) interpelle les autorités sur les lois…

– Le représentant du ministre Bruno Koné s’énerve

– Zio Moussa apaise…

Le congrès-colloque de l’Observatoire de la Liberté de la Presse de l’Ethique et de la Déontologie (OLPED) a été ouvert le jeudi 24 août  2017 à Yamoussoukro. À cette occasion, le  secrétaire général du Syndicat national des Professionnels de la Presse de Côte d’Ivoire (Synappci) Guillaume Gbato, par ailleurs, Journaliste au Groupe “Le Nouvel Horizon” a dénoncé les atermoiements du gouvernement ivoirien quant à la nouvelle loi sur la presse  soumise  à adoption. Une sortie au nom des organisations des médias qui n’a pas laissé indifférent le représentant du ministre de la communication et de l’Economie numérique et de la Poste, Koné Bruno, directeur de cabinet dudit ministère, André Apetey. Morceaux choisis.
Le directeur de cabinet du ministre de la communication André Apetey

À l’entame de ses propos, Guillaume Gbato a tenu à faire l’historique de l’Olped non sans pointer du doigt, les inquiétudes des journalistes ivoiriens, 22 ans après la naissance de cet organe de régulation.Nous voici réunis à nouveau à Yamoussoukro, vingt deux ans après le séminaire historique des 22, 23 et 24 septembre 1995 qui a vu naître l’OLPED, après l’adoption par les professionnels de médias ivoiriens, trois ans plus tôt, le 22 septembre 1992, d’un code d’éthique et de déontologie du journaliste en Côte d’Ivoire, pour prendre part durant les trois prochains jours à un colloque et à un congrès de l’OLPED. Au cours de ces deux décennies, le moins que l’on puisse dire, c’est que beaucoup d’eau a coulé sous le pont de la presse ivoirienne. C’est pourquoi, avec votre permission, je voudrais saluer la mémoire de ceux des nôtres, artisans de nos luttes communes qui nous ont quitté”,indique Guillaume Gbato. Qui sans fioritures a saisi l’occasion pour interpeller les uns et les autres et surtout les autorités ivoiriennes sur l’incertitude qui plane sur  la corporation quant  aux deux lois portant régime juridique de la presse écrite et de la communication audiovisuelle.

“… Les assises du colloque et du congrès de l’OLPED s’ouvrent ce jour (jeudi 24 août 2017), hasard du calendrier oblige, au moment où notre secteur et notre pays attendent avec anxiété le débat sur les deux lois portant régime juridique de la presse écrite et de la communication audiovisuelle (…) En effet, alors que les états généraux de la presse qui nous ont rassemblés ici même à Yamoussoukro, le 31 août et le 1er septembre 2012, les séminaires organisés par le ministère de la Communication en 2013 et en 2016 à Grand-Bassam et auxquels nombre d’entre nous ont pris part, nous laissaient espérer des lendemains meilleurs pour notre secteur et pour le renforcement du processus démocratique dans notre pays, par la prise de loi fondamentalement progressistes, favorisant par conséquent le plein épanouissement du secteur des médias en Côte d’Ivoire, nous avons été désagréablement surpris, et c’est peu dire, que le gouvernement introduise quasi clandestinement au parlement deux projets de lois aux antipodes de notre aspiration légitime à une presse, libre, indépendante, autonome sur les plans moraux, matériels et financiers et par ricochet  professionnelle et constructive”, martèle Guillaune Gbato. Plus que jamais déterminé à remonter les bretelles aux autorités, il a salué la réaction de ses confrères journalistes non sans donner la position de ceux-ci.

De la position des organisations des journalistes

Guillaume Gbato. Ph. Ofrepci.

Permettez-moi donc à ce stade de mon propos de saluer la réaction unanime, solidaire et déterminée de la quasi-totalité de notre corporation, qui a dénoncé avec la dernière énergie ces deux textes et contraint le gouvernement à le retirer du circuit de leur adoption définitive alors qu’ils avaient été adoptés en commission”. Au demeurant, soucieux, de contribuer de façon efficiente à l’avènement de la presse libre et démocratique en Côte  d’Ivoire, Guillaume Gbato a fait certaines propositions.“Les organisations des journalistes par ma voix, voudrait réaffirmer une fois de plus, et le plus clairement du monde, son désaccord total et profond avec ces deux textes et demander avec gravité qu’un vrai débat national s’ouvre en vue de permettre à notre pays de doter le secteur des médias de textes qui nous sortent des sentiers battus (…), nous sommes contre ces deux textes pour plusieurs raisons dont deux nous paraissent fondamentales. Premièrement, ces deux textes restent marqués par l’esprit du parti unique et sont par conséquent en trop restrictive de la liberté de la presse. Deuxièmement ces textes manquent cruellement d’ambition pour notre secteur et notre pays. Ce qui fait qu’ils n’abordent pas les questions de fond que sont la formation, l’indépendance des médias de service public et des régulateurs, l’autonomie financière des entreprises de presse et des organisations professionnelles. Pour ce qui est par exemple de la presse écrite qui est aujourd’hui sinistrée, les questions cruciales de l’impression et de la distribution ne sont nullement abordées. La question du financement des médias sur fonds publics qui est un droit légitime et qui est aujourd’hui un impératif est survolée”.Aussi, comme à son habitude, après avoir dressé le tableau sombre des médias ivoiriens, Guillaume Gbato a fait des propositions à tout le moins pertinentes.

« Il nous faut de nouvelles lois, mais de bonnes lois …. »

« Bref, il nous faut de nouvelles lois, mais de bonnes lois. Il est donc plus qu’urgent pour nous, de demander, d’exiger avec force, et d’obtenir un grand forum national sur la presse dans toute sa composante pour qu’enfin nous ayons des textes qui nous permettent de trouver les vraies solutions à nos problèmes. Dans cette optique, nous avons rencontré avant-hier mardi avec certains camarades la commission des affaires sociales et culturelles de l’Assemblée Nationale qui est d’accord pour s’associer à un tel débat avant de programmer les deux projets pour leur adoption par le parlement. Les journalistes, humblement, voudraient donc proposer au colloque et au congrès de prendre des résolutions claires en faveur de ce débat national qui devrait réunir autour d’une table, le gouvernement, le parlement, les acteurs des médias et la société civile, pour que partis de Yamoussoukro, nous nous donnions les moyens de le rendre effectif. La survie de notre secteur et nos vies individuelles en dépendent”, insiste-t–il. En dépit de tous ces manquements,  le secrétaire général du Synappci a salué l’esprit du colloques congrès de l’Olped qui pense-t-il, est “un débat national, occasion idéale de réaffirmer notre attachement à l’autorégulation dont nos devanciers ont à juste titre, très tôt fait le choix, en créant l’OLPED. Parce qu’ils avaient très vite compris que si nous voulons éviter l’infantilisation des professionnels des médias, le tribunal des pairs reste la voie royale(…) Malheureusement, depuis 1995, les actions conjuguées des prédateurs de nos libertés et nos propres renoncements et démission nous ont éloignés de cette voie. Le temps est venu de retrouver le chemin pour une presse ivoirienne, libre, indépendante, autonome, professionnelle, protectrice de nos libertés et de notre démocratie”, a conclu Guillaume Gbato .Évidemment, ce réquisitoire du premier responsable du Synappci n’a pas laissé, le représentant du ministre Kone Bruno, indifférent.

Le représentant de Koné Bruno s’énerve et révèle:  »La loi sur la presse sera appliquée, je peux vous en faire la promesse »

André Apetey:

Je vous remercie pour votre aimable attention.Avant de commencer mon discours, faire 2 adresses : En tant que le représentant de l’autorité administrative, je ne peux observer un certain nombre de choses, et me contenter de répondre par le mépris du silence. D’abord , aux organisateurs, je dis que j’accepte vos excuses. Ces excuses je dirais, sont les bienvenues. Je suis heureux que le ministre ne soit pas venu, je ne sais pas quelle opinion il se serait fait. Je suis arrivé ici à Yamoussoukro , hier soir.  J’attendais un contact, puisqu’ils étaient sensés que je serais ici. J’étais informé que  vos assises commenceraient 8 h, voire à 8h 30, ne voyant personne, c’est en promenant dans les allées de l’hôtel, j’en ai profité pour  prendre un café que je me suis offert, un jus de fruit que je me suis offert. Est-ce l’image que je dois retenir de la presse ? Des acteurs de la presse ? Des distinguées personnalités dont je viens d’égrener les noms (il avait auparavant rendu hommages à quelques pionniers de la presse nationale dans la salle : Ndlr) ? Non, je ne pense pas que ce soit ça, la vraie image qu’on doit retenir de la presse. On est à un événement qui se propose de parler des problèmes d’éthique ». Puis le représentant de la tutelle a aussi réagi à l’intervention de Guillaume Gbato, tout en étant bien clair : «la loi sur la presse sera appliquée », a-t-il coupé court. Voici l’intégralité de ses propos à ce sujet: «On n’invite pas les gens pour les injurier. Je  ne suis pas à un débat avec vous. Vous savez que je ne ferai pas de débat. Mais, je dois vous dire une chose : la loi sur la presse sera appliquée.  La loi sur la presse sera appliquée, je peux vous en faire la promesse.  Vous avez vos pairs des pays africains qui sont là, je pense que vous ferez bien de prendre auprès d’eux, quelques informations  sur les règles qui régissent la presse dans leur pays respectif.  Vous comprendrez que le gouvernement ivoirien ne fait pas pire.  Je vous absous des propos injurieux que vous avez proférés à l’encontre du gouvernement. Mais je dois vous dire ceci : que  le gouvernement  n’a aucune volonté d’attenter à la vie de la presse, à la liberté de la presse, bien au contraire, loin s’en faut.  Ceux dont on a fait par moments les éloges, je parle du FSDP, je parle de mon ami qui est assis à ma gauche du Fonds de soutien, ils savent quelle énergie, quel temps  nous somme en train de mettre pour aborder les problèmes de la presse.  Je peux vous vous dire que la presse est en faillite, toute la presse ivoirienne est en faillite. Il n’y a pas de mot pour le dire. Depuis les producteurs du contenu en passant par l’impression, les industries de distribution, rien ne marche. Vous êtes-vous posé la question pour savoir pourquoi ça ne marche pas ? Qui est responsable du contenu ? Lorsqu’on produit du papier et qu’on en vend à peine  trente pour cent,  y a plusieurs causes à cela. On a des problèmes importants qui  sont ceux de la presse, En tant que responsables,  nous devons nous asseoir, prendre le temps pour les régler. Mais il faut nous épargner de ce discours de syndicaliste  et qui n’ont de relief que vos militants ». Une réaction qui a suscité diverses interprétations dans la capitale politique ivoirienne. »

Zio Moussa:  »Il faut toujours prendre la mesure de ce que les uns et les autres disent publiquement… »

Zio Moussa, président de l’Olped

« Je pense que Guillaume est un jeune et talentueux journaliste, mais aussi syndicaliste. Guillaume a usé, je dirai ce qu’on appelle, la liberté d’expression et il a dit avec sincérité, ses convictions de ce qu’il pense.La réaction de l’autorité, c’est la réaction de l’autorité. Tous les deux ont usé de la sincérité, ont usé de leur conviction et de leur liberté d’expression. Je ne pense pas qu’il faille condamner où l’un l’autre. Il faut toujours prendre la mesure de ce que les uns et les autres disent publiquement, et aux journalistes, d’en tirer tous les enseignements”, dixit le premier responsable de l’Olped.

Au regard de la richesse des échanges  de cette première journée du colloque-congrès de l’Olped, l’on peut avancer qu’il augure de lendemains meilleurs…

EKB : infos: Seriba Koné (envoyé spécial à Yamoussoukro)

 

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