[Côte d’Ivoire/Situation sociopolitique] Une coalition des acteurs de la société civile formée pour un pays sans violence et réconcilié (DECLARATION)

[Côte d’Ivoire/Situation sociopolitique] Une coalition des acteurs de la société civile formée pour un pays sans violence et réconcilié (DECLARATION)

DES ACTEURS DE LA SOCIETE CIVILE POUR LA PAIX ET LA STABILITE RELATIVE
A LA SITUATION SOCIOPOLITIQUE DE LA COTE D’IVOIRE
Présentation de l’Initiative
Les inquiétudes liées à la situation sociopolitique actuelle, ont conduit les acteurs de la société civile
ivoirienne à se regrouper autour d’une initiative dont les objectifs sont :
o Créer une synergie au sein de la Société Civile ivoirienne afin qu’elle soit à même de jouer
pleinement son rôle d’éveil et de veille pour le maintien de la stabilité et de la paix en Côte
d’Ivoire,
o Rappeler à l’Etat de Côte d’Ivoire, aux acteurs politiques et aux populations, la nécessité du
non-retour à l’instabilité sociale en Côte d’Ivoire.
Le but de ces acteurs de la société civile, est donc de favoriser un climat de stabilité, de dialogue
sociopolitique et de paix en Côte d’Ivoire.
Contexte
Depuis un peu plus de deux décennies, la Côte d’Ivoire, notre pays, connait des tensions
sociopolitiques avec pour corollaire, la dégradation du niveau de vie des citoyens qui subissent
notamment, de graves violences à chaque cycle électorale.
Les fondamentaux de l’Etat de Droit, l’égalité des chances, les principes démocratiques et les libertés
publiques sont mis à mal par la gouvernance.
Cette situation marquée par le durcissement des discours et actions des acteurs politiques, a donné lieu
lors des élections locales couplées d’octobre-novembre 2018, à de réelles tensions et actes de
violences allant jusqu’à mort d’hommes, dans certaines localités-bastion des partis et candidats en
compétition.
Aujourd’hui encore, certains contentieux nés de ces élections, ne sont toujours pas vidés et huit (8)
communes sont sous tutelle administrative.
La rupture du dialogue politique entre les acteurs, s’observe jusque dans l’exercice du Pouvoir d’Etat
avec l’instrumentalisation des outils et des institutions à des fins de pression. Ainsi, observe-t-on une
restriction à la liberté d’association et de réunion, entrainant une confusion entre l’Etat et la formation
politique au pouvoir, l’exacerbation des propos haineux, sectaires et identitaires.

Ceci se traduit notamment par des appels de positionnement lancés aux cadres et aux élus dans le
cadre du Congrès constitutif du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Paix et la Démocratie
(RHDP).
C’est face à cette situation de tension et pour prévenir le risque d’implosion sociale à la veille d’une
année électorale charnière, que les acteurs de la société civile, regroupées autour de cette initiative,
font la présente déclaration.
I- OBSERVATIONS
Les observations sont regroupées sous 3 thématiques majeures que sont :
I.1. La Crise de Gouvernance matérialisée par :
– L’injustice sociale
– La violence verbale et les dérives politiques
– La prise en otage des Institutions de l’Etat, notamment l’instrumentalisation des
appareils judiciaire et législatif
– Le non-respect de l’ordre républicain, des Institutions de l’Etat et de ceux qui les
incarnent
– L’absence de débats contradictoires et la caporalisation des médias
– La prise en otage des populations par les acteurs politiques
I.2. La mise à mal de la Cohésion Sociale avec les problématiques:
– De la réconciliation nationale,
– Du retour et de l’exacerbation du discours nationaliste et du repli identitaire
– Résurgence de l’ethnocentrisme, du régionalisme et du tribalisme
– Du Retour de l’instrumentalisation de la Religion
– De l’injustice sociale
– De la violence verbale et des dérives politiques
– De la responsabilité de la presse dans le processus de réconciliation nationale
– De l’instrumentalisation des femmes et des jeunes
I.3. Les tensions liées à la réforme du cadre des élections avec :
– La Transhumance politique et le convoyage des électeurs
– La Violation de l’expression démocratique à travers le non-respect du vote des
électeurs
– La Réforme de la CEI et du Conseil Constitutionnel

II. ANALYSE
De tout ce qui précède, nous disons que la cohésion sociale en Côte d’Ivoire est mise à mal. En effet,
alors qu’on était en droit d’espérer que l’amnistie accordée par le Chef de l’Etat aux prisonniers et
exilés de la crise postélectorale de 2011, allait marquer la décrispation du climat politique et le
renforcement de la cohésion sociale, force est de constater qu’au contraire, les échéances électorales
de 2020 plombent l’action gouvernementale et polarisent tous les discours.
En effet, on ne parle plus que d’alliances, de coalitions politiques, de positionnement allant jusqu’à
conditionner l’avenir professionnel de cadres à l’adhésion à un courant politique et ce, au détriment
des préoccupations essentielles des populations.
Autant de facteurs qui mettent ainsi à mal les libertés civiques, notamment la liberté d’expression et
d’association marquée par la libre adhésion à un parti politique.
Relativement à la Commission Electorale Indépendante (CEI), axe majeur de cristallisation des
tensions, il importe de noter qu’au regard des dernières élections locales de 2018, la CEI dans sa forme
actuelle, laisse apparaitre de grandes inquiétudes quant à sa crédibilité et à sa capacité à organiser des
élections transparentes et intègres. Toute chose qui conforte la décision de la Cour Africaine des
Droits de l’Homme et des Peuples (CADH) quant à la nécessité de sa réforme.
C’est le lieu ici de noter que cette réforme soulève des préoccupations, notamment, dans quelles
conditions et avec quels acteurs se fera-t-elle ?
Tout comme c’est le lieu également de réaffirmer que tenant compte des enjeux électoraux de 2020, la
réforme demandée par la CADH et dont la pertinence a été admise par l’Etat de Côte d’Ivoire, ne soit
pas que de forme mais aussi et surtout de fond, dans le strict respect de l’Arrêt.
En outre et toujours dans le cadre de la crédibilisation et de la pacification des élections et du climat
social, le processus actuel de réforme du cadre institutionnel des élections en Côte d’Ivoire, doit
s’étendre au Conseil Constitutionnel.
III. RECOMMANDATIONS
 Au Gouvernement
o Garantir l’Etat de Droit
o Garantir la liberté d’expression, d’association et de manifestation
o Appliquer dans son entièreté l’Arrêt de la Cour Africaine des Droits de l’Homme et
des Peuples relatif à la réforme de la CEI
o Communiquer sur les étapes du processus de concertation des acteurs sociopolitiques
relativement à la réforme de la CEI

o Conduire un processus inclusif et transparent de la réforme de la CEI, tenant compte
de l’ensemble des acteurs clés, les organisations de la Société Civile compris.
o Engager un processus complet de réforme du cadre institutionnel des élections avec la
réforme du Conseil Constitutionnel
o Respecter le principe de la séparation stricte des Pouvoirs entre l’Exécutif, le
Législatif et le Judiciaire
o Faire cesser l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques
o Rétablir sans condition, la Norme administrative dans les 8 communes sous tutelle
o Incarner la neutralité de l’Etat dans la gestion et le traitement des affaires publiques
o Assurer la sécurité des populations et des biens
o Poser des actes et tenir des discours qui concourent au renforcement de la cohésion
sociale.
o Libérer tous les prisonniers civils et ex-FDS de la crise post-électorale de 2010,
toujours incarcérés
o Prendre des mesures pour que cessent les menaces pesant sur les ex-détenus de la crise
post-électorale de 2010
 Aux Partis et Groupements Politiques
o Apaiser les propos et les discours afin d’assainir le cadre des échanges
o Cesser d’instrumentaliser les populations, les femmes et les jeunes notamment
o Inclure dans tout processus politique les femmes, les jeunes et les personnes en
situation de handicap
o Respecter le vote des populations
 Aux Médias
o S’engager résolument dans la dynamique de cohésion sociale, de stabilité et de paix en
refusant d’être des vecteurs de la violence verbales et des dérives politico-identitaires
o Créer le cadre du débat public contradictoire relativement à toutes les questions
touchant à la vie de la nation
 Aux Populations
o Veiller à ne pas mettre à mal la cohésion sociale
o Cultiver le dialogue et la résolution pacifique des différends
o Pratiquer la tolérance à travers l’acceptation des différences.

En Conclusion,
Pour les acteurs de la Société Civile signataires de la présente déclaration, il est plus que temps de
mettre fin aux dysfonctionnements, injustices et tensions sociopolitiques observés en Côte d’Ivoire
depuis un peu plus de deux décennies.
Les ivoiriens ont suffisamment souffert et dans leur grande majorité aspirent à vivre dans la quiétude
et la fraternité. Il est de la responsabilité du Chef de l’Etat et du Gouvernement de garantir et
promouvoir l’unité nationale et le « vivre ensemble ».
Nous appelons donc à un dialogue national inclusif.

Fait à Abidjan, le 23 Janvier 2019
Les Acteurs de la Société Civile pour la Stabilité et la Paix

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