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Dossier Côte d’Ivoire/ Lutte contre la pauvreté : un modèle d’autonomisation des femmes et des jeunes dans le département de Zouan-Hounien #femomedia

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À Guiamapleu, dans la sous-préfecture de Goulaleu, Mme Ségoulin Nunhoua et les membres de la FED-GFBG affichent la même détermination

Publié le : 23 avril 2017 à 6 h 59 min

-Quand des projets renforcent les liens de fraternité

Le président de la FE-ADJBG, Guéi Neunna Elysé et l’une de ses membres présentent la pépinière de café de l’une de ses associations

Du jeudi 6 au vendredi 7 avril 2017, cap sur les communes de Goulaleu et Bin-Houyé, deux bourgades du département de Zouan-Hounien dans la région du Tonkpi, dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire. Passés les moments douloureux de la guerre, des organisations s’activent à la reprise des activités économiques et sociales génératrices de revenu.

Mme Kayo Slaha Clarisse Epse Mahi, ex-députée de la circonscription de Bin-Houyé et de Goulaleu commune et sous-préfectures (législature 2011-2016) porte ce projet à tour de bras afin de mieux organiser les femmes et les jeunes.

En effet, depuis le 13 août 2016, 81 associations de femmes et de jeunes de des sous-préfectures de Goulaleu et Bin-Houyé ont décidé de se constituer en deux fédérations. Dans cette dynamique, elles (fédérations et associations) ont été investies par le sous-préfet de Banneu, M. Amani Koffi Kan Charles représentant le parrain de la cérémonie, le préfet de Zouan-Hounien.

Pour en arriver là, que de chemin parcouru et d’efforts fournis! En effet, il aura fallu que Mme Mahi finance les différentes assemblées générales des 81 organisations pour leur donner une existence légale. Et la tâche était loin d’être aisée, vu le nombre de personnes et d’associations.

En effet, au niveau organisationnel les deux sous-préfectures enregistrent 75 associations, dont  57 d’entre elles sont composées de 3712 femmes et les 18 autres associations de jeunes enregistrent 1709 adhérents. Toutes ces organisations se sont muées en quatre unions (deux du côté des femmes et des jeunes dans chaque S/P) avant de s’ériger en deux fédérations. Ce qui donne un total de 81 organisations avec  5421 membres.

Ainsi, on note la Fédération des Groupements des Femmes de Bin-Houyé et Goulaleu (FED-GFBG) présidée par Mme Ségoulin Nunhoua épouse Yakeusseu et celle des Associations des Jeunes des Sous-préfectures de Bin-Houyé et Goulaleu (FE-ADJBG) dirigée par Guéi Neunna Elysé.

Un projet de renforcement des liens de fraternité

L’ex-députée ne s’est pas contentée de les rendre légales et autonomes, elle a ouvert un compte dans une micro-finance pour chacune des organisations afin de gérer leurs gains communs. « Nous avons beaucoup apprécié cette façon de nous organiser. C’est une action qui nous encourage à mieux gérer nos biens communs, sans histoire », soutiennent les présidents des fédérations.

Le quart d’hectare de riz irrigué à la lisière du quartier, à Batouapleu

À Bin-Houyé par exemple, pour mieux soutenir leurs propres activités et renflouer les caisses de leur compte, la FE-ADJBG a semé un quart d’hectare de riz irrigué à la lisière du quartier, à Batouapleu.

« En attendant que les différents projets puissent générer des revenus, nous avons décidé de faire cette culture. Les décisions pour le suivi sont prises au cours des réunions au cours desquelles nous déterminons, de commun accord, les dates de rotation des groupes. Nous travaillons aussi dans nos différentes plantations et surtout celles de nos associations», explique Guéi Neunna Elysé.

Un mode opératoire qui n’est pas nouveau, mais mieux renforcé à travers ce projet. « Ce travail de groupe ne s’arrête pas seulement au riz irrigué, nous travaillons, aussi dans nos différentes plantations ; et surtout celles de nos associations », précise Monsieur Guéi. Il ajoute, par ailleurs: « Celui qui s’absente pour des motifs non valables paie une amende de 500 FCFA à l’association à laquelle il appartient.»

À Guiamapleu, dans la sous-préfecture de Goulaleu, Mme Ségoulin Nunhoua et les membres de la FED-GFBG affichent la même détermination. En lieu et place d’un champ commun pour renflouer les caisses de leur compte, elles procèdent par des cotisations mensuelles de 500 FCFA par membre. « Les cotisations rentrent difficilement, raison pour laquelle nous sollicitons d’autres projets», souhaite Mme Ségoulin Nunhoua.

« L’idée de nous organiser est la bienvenue, parce que nous avons été longtemps divisées. Grâce à ce projet dont nous attendons d’ailleurs davantage, nous nous rassemblons de temps en temps, pour faire le point de nos activités de développement », renchérit le président de l’Union des associations des jeunes, Dan Touatouo Jean.

En effet, rentré d’exil en 2012, il noie peu à peu ses souffrances dans le travail collectif, à la ronde avec le même mode opératoire que les associations de Bin-Houyé.

L’espoir dans d’autres projets en cours

Une vue de carnet de compte de quelques associations

Pour mieux mener son projet, Mme Kayo Slaha Clarisse a entrepris en mai 2016, des démarches auprès de la Direction Générale du Conseil Café-Cacao et obtenu  385 hectares de plantules de café. Cette opération a permis à chacune  des associations de bénéficier de 5 hectares. « L’objectif du projet est d’aider ces femmes et ces jeunes à financer à long terme, sur leurs propres fonds, certains projets sociaux qui leur tiennent à cœur », justifie l’initiatrice.

Ces plantules sont de nouvelles variétés de café dénommé, ‘’café-nain’’, qui rentrent en production après dix-huit mois. Selon les responsables du Conseil café-cacao  « la plantation produit 3 tonnes à l’hectare. »

La rencontre du jeudi 06 avril vers 12 heures, avec Guéi Neunna Elysé s’est achevée par la visite des plants mises en terre en septembre 2016 et de certaines pépinières encore en sachet.

Par ailleurs, Mme Mahi Clarisse, celle qui a malheureusement perdu aux dernières législatives ivoiriennes de 2017 n’entend pas baisser les bras. Elle nourrit d’ambitieux rêves pour ces différentes organisations. D’ailleurs, elle a entrepris récemment des actions en vue de l’obtention d’une dotation annuelle de 400 hectares de boutures de Café et de Cacao pour chacune des deux fédérations.

Mieux, elle est dans l’attente d’un premier projet auprès de certains partenaires extérieurs (dont elle préfère taire le nom). Un ‘’rêve’’ dénommé : « Projet communautaire riz et banque de céréales des femmes des sous-préfectures de Bin-Houyé et de Goulaleu » réservé exclusivement aux 3.712 femmes.

« Le plus difficile, c’était d’unir mes parents autour d’un projet de développement de façon formelle, dans une région où la politique politicienne a pris le dessus sur les réels besoins des populations. Pour le reste, je ne baisserai pas les bras. Je vais continuer les démarches de recherche de financement afin que ces jeunes et  ces  femmes sortent de la pauvreté« , martèle Mme Kayo Slaha Clarisse.

Loin des mouvements de soutien, les 81 organisations peuvent se prendre en charge dans l’avenir, si elles prennent au sérieux leur destin.

Sériba Koné envoyé spécial à Bin-Houyé

Encadré

Un exemple de prise en charge à vulgariser

Des aides au développement en passant par des contributions personnelles de cadres et des élus à travers des ONG, les 48 villages que forment Goulaleu commune et Bin-Houyé en bénéficient de temps en temps.

Reste à les organiser par groupement autour de projets générateurs de revenus bien conçus, avec par exemple l’ouverture de compte bancaire ou dans des micros-finances. C’est peu de dire que ce sont ces actes concrets qui ont retenu notre attention et valu le déplacement dans cette partie la Côte d’Ivoire.

Cette population estimée à plus de 60 mille âmes en a besoin, particulièrement les femmes et les jeunes qui sont les plus vulnérables. Cela rendra plus facile les dons et autres apports d’aides, tant en numéraires qu’en matériels.

Les  dons multiples souvent distribués à tour de bras par les hommes politiques à la faveur ou à l’approche des échéances électorales, devraient plutôt être mis à la disposition des populations locales en vue du financement de projets structurants et viables. Ils ne doivent pas constituer des appâts pour endormir les populations et les laisser à leur sort juste après les meetings et autres rassemblements politiques. C’est en cela que les actions de Mme Mahi prennent tout leur sens. Rien de plus louable en effet que d’œuvrer à sortir ‘’ses parents’’ de la pauvreté.

Elle a compris et fait sienne cette vieille maxime chinoise qui nous enseigne que « quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson« . Pour elle, il faut travailler à l’autonomisation des populations des 48 villages de Goulaleu et Bin-Houyé afin qu’elles sortent de la précarité.

Sériba K.

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