Les nouveaux bouffons heureux d’être insultés devant leurs rois (Simple avis)

Les nouveaux bouffons heureux d’être insultés devant leurs rois (Simple avis)

Abidjan, le 21-08-2020 (crocinfos.com) « … Celui qui est écrasé par les préoccupations matérielles n’a ni le temps ni la force ni le courage de s’élever au-dessus des contingences immédiates et de se conduire en être pensant », Félix Houphouët-Boigny.

‘’Écrasés par les préoccupations matérielles, ces cadres ont pu ignorer que les rois se tiennent loin des funérailles. Les funérailles sont impures et les rois baoulés doivent s’en éloigner.’’

Préoccupés par le matériel, des cadres, de hauts cadres ont accepté d’être des bouffons de la cour. Prêts à tout pour préserver leurs intérêts, pour les accroître et en jouir davantage, ils ont su ajouter à leur suite leurs rois et chefs traditionnels. Ceux-ci préoccupés eux aussi par le matériel suivent leurs cadres en désacralisant les us et coutumes. Ils acceptent de mettre à dos une partie de leurs sujets par les prises de positions et de décisions dictées par leurs fils cadres.

Sinon comment comprendre que les cadres du Grand Centre ramassent leur reine de Sakassou pour l’emmener à des funérailles à Korhogo ? Écrasés par les préoccupations matérielles, ces cadres ont pu ignorer que les rois se tiennent loin des funérailles. Les funérailles sont impures et les rois baoulés doivent s’en éloigner. Ainsi, lorsqu’un roi perd sa femme, c’est l’un des porte-cannes de la cour qui fait le veuvage à sa place. C’est ce porte-canne qui pleure chaque matin et chaque après-midi et fait le jeûne. D’où vient qu’on emmène cette vieille femme à plus de 300 km de son siège, qu’on la fasse asseoir pendant des heures pour assister à toutes les péripéties des obsèques marquées par les longues oraisons?

’Quelques jours après, d’autres nouveaux bouffons ont ramassé leurs rois et chefs pour les convoyer à la Riviera et demander au chef de l’État de ne pas les abandonner, de leur garantir la paix, la stabilité et le développement.’’

Le soir-même de ces obsèques, d’autres bouffons, contre toute attente, conduisent les chefs traditionnels Dan à la résidence du chef encore abasourdi par le deuil de son fils pour lui demander d’être candidat à la présidentielle du 31 octobre. Le chef dan parlait effectivement avec son cœur. Il disait que si le président de la République quittait le pouvoir, eux, chefs et leurs populations, seraient perdus. En allant aux funérailles, ces chefs avaient-ils pris soin d’informer leurs sujets -au nom desquels ils faisaient la requête- qu’ils demanderaient un troisième mandat ou un premier mandat de la 3e République au président ?

Quelques jours après, d’autres nouveaux bouffons ont ramassé leurs rois et chefs pour les convoyer à la Riviera et demander au chef de l’État de ne pas les abandonner, de leur garantir la paix, la stabilité et le développement. Ces chefs conduits par leurs cadres bouffons avaient-ils pris bien soin d’informer leurs sujets avant de venir déclarer à la face de la Côte d’Ivoire que les populations des quatre départements dont ils sont issus demandent un autre sacrifice au président ? Si oui, comment expliquent-ils les révoltes des jeunes et les scènes dramatiques de Bonoua et de Grand-Bassam le 13 août dernier ?

Enfin, lundi dernier, les bouffons cadres de 11 régions de l’Est, du Nord-Est et du Sud ont, à leur tour, ramassé leurs rois et chefs pour un soutien total au président en vue d’un premier mandat de la 3e République. Le spectacle était haut en couleurs au propre comme au figuré. Quatre cadres se sont succédé au centre de la cour. Comme des kômiens, ils ont assuré. Personne n’est resté indifférent devant cette pièce du temps des royaumes de Kombi Saleh, des empires du Mali, des empires Sosso. Les quatre acteurs du théâtre ont été à la hauteur. Vous comprenez pourquoi les Gbi de Fer broient du noir. Ils ont loué loué vraiment loué. Excellents laudateurs ! Prestations au-dessus de celles des griots de Soundjata Keïta, le roi du mandingue !

‘’En trois ans, il a appris la politique et gouverne la Côte d’Ivoire depuis le 4 décembre 2010. Et les bouffons qui ne peuvent plus se conduire en êtres pensants ont applaudi cette injure à tout rompre et avec leurs parents rois.’’

La partie la plus agréable de la pièce, pour moi, a été, sans conteste, l’intervention du président. Il a d’abord apprécié et bu les propos très élogieux prononcés au nom de ses hôtes par ceux qui les avaient déposés là. Puis, il a donné les raisons du grand sacrifice qu’il consent encore à la nation ivoirienne. Et les propos du président ont ravi les rois et chefs et leurs cadres. Il leur a dit qu’il lui a fallu beaucoup temps pour former un élément de la nouvelle génération. ‘’Beaucoup de temps.’’ Cela signifie que le quotient intellectuel des élèves suiveurs n’est pas élevé. Car le formateur d’aujourd’hui a eu trois (3) petites années auprès du père fondateur dont il est le digne héritier (1990-1993) pour être devenu aujourd’hui incontournable sinon irremplaçable. En trois ans, il a appris la politique et gouverne la Côte d’Ivoire depuis le 4 décembre 2010.

Et les bouffons qui ne peuvent plus se conduire en êtres pensants ont applaudi cette injure à tout rompre et avec leurs parents rois. De 1994 ou de 2010 à mars 2020, il n’a pu former qu’un successeur dans les ‘’nouvelles générations’’. Un seul n’a pu être digne de lui succéder ! Les rois et leurs enfants ont apprécié et ont applaudi. N’est-ce pas de la discrimination s’il forme un seul du Nord ? Si ce n’est pas de la discrimination, c’est que les autres militants des ‘’nouvelles générations’’ ne sont pas assez intelligents, donc indignes d’être des successeurs. Ils sont indignes même d’être colistiers du candidat choisi le 12 mars dernier. C’est pourquoi le vice-président qui, dans la Constitution 2016, doit être élu comme le président de la République sur la même liste, est désormais nommé. Aujourd’hui, le président est le seul Ivoirien, il l’a dit et répété, capable de conduire le navire ivoire.

Cette vérité-injure, qui dit explicitement que les cadres convoyeurs de rois ne sont que des bouffons, incapables de tenir les rênes du pouvoir, a été accueillie par des vivats nourris de l’auditoire. Heureux d’avoir entendu que leurs fils ne sont pas dignes d’être présidents, les ex- gardiens de nos traditions (oui ‘’ex’’ car aujourd’hui gardiens des institutions de la République) ont ovationné le président. Heureux d’avoir eux-mêmes reconnu qu’ils sont indignes de faire construire des routes, des ponts, des écoles, des hôpitaux, des châteaux d’eau, de fournir de l’électricité ont salué les propos du sacrificateur et lui ont offert 50 millions comme contribution pour la campagne présidentielle prochaine.

Ainsi va la vie des nouveaux bouffons à la nouvelle cour. « Le noble, s’il vit chez lui, en province, il vit libre mais sans appui ; s’il vit à la cour, il est protégé mais il est esclave. »

Par Pascal Kouassi

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