Accueil CONTRIBUTION Prix Félix Houphouët-Boigny 2017 : plaidoyer pour le maire de Lampedusa #immigration

Prix Félix Houphouët-Boigny 2017 : plaidoyer pour le maire de Lampedusa #immigration

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Pretoria, le 24 février: des Somaliens interpellent un policier pendant les affrontements avec des manifestations anti-immigrants. © REUTERS/ James Oatway

Dans une société globalisée dans laquelle les grands et les puissants vivent près de leurs sous, de leur bien-être et où des nationalismes obscurantistes assombrissent l’horizon de la paix  et de la fraternité dans le monde, certains faits héroïques méritent d’être portés  à la connaissance de tous. Car, comment peut-on qualifier le sacrifice des habitants de Lampedusa, dans le sud de l’Italie,  dont les villes et villages  sont envahies quotidiennement, douze mois sur douze, par l’armée des déshérités venues d’Asie, d’Orient et d’Afrique en quête d’une vie meilleure ?

Lampedusa : « Il est honteux de leur demander de savoir nager »

L’Italie, centre de la civilisation méditerranéenne (mare nostrum), n’est pas moins un pays européen qui partage avec les autres pays occidentaux nombre de valeurs et moult défauts caractérisés par l’égoïsme, la culture exacerbée de la xénophobie discriminatoire essentiellement à l’égard des africains. La montée des groupuscules prêchant la haine, le rejet du différent a commencé à saper les fondements de la solidarité entre les peuples. Portés par un populisme élémentaire, les mouvements faisant du mépris de l’autre leur terreau, sont en train de mettre à mal toutes les démocraties occidentales qui font de la défense des droits humains un devoir moral.

Contrairement à la France, théorique championne du monde en matière d’engagement en défense des droits universels, l’Italie héritière de l’empire romain, ne proclame pas les grands principes de moralité dans les instances internationales, mais les applique concrètement malgré l’échec cuisant du fascisme mussolien. Jusqu’à 1989, date de la mise en place des lois Martelli mettant fin aux discriminations raciales en matière d’asile politique, l’Italie vivait sous la menace des néofascistes de Giorgio Almirante qui l’empêchait de s’ouvrir sur le monde, particulièrement à l’Afrique, hormis les pays de la Corne de l’Afrique et la Lybie. Il n’y a pas longtemps encore, les néofascistes de Teodoro Buontempo et Gianfranco Fini furent accusés d’avoir été les auteurs présumés de la mort de Monsignore don Luigi Diliegro, fondateur de la Caritas romaine. Il fut assassiné parce qu’il protégeait les immigrés en leur fournissant  gite et couvert.

Les néofascistes italiens du movimento sociale italiano (msi), en déclin, furent supplantés par le mouvement raciste de Humberto Bossi, la Ligue du Nord, dont il est le fondateur. Toutefois, la Ligue du Nord du Senatus Bossi, bien solidement implantée dans le nord industriel, n’a pu convaincre toute l’Italie d’adhérer à son idéologie farouchement xénophobe.

En fait, l’Italie jusqu’au milieu des années 90, était partagée entre de grands courants de pensée : la Démocratie Chrétienne d’Aldo Moro d’un côté et, de l’autre, le Parti Communiste  d’Enrico Berlinguer auquel s’ajoute le Parti Sociale des Sandro Pertini et Bettino Craxi. La DC, parti de droite  proche du Vatican et le PC, pour une question d’idéologie, l’un prônant la solidarité entre les hommes et l’autre la fraternité et la solidarité internationalistes, convergeaient contradictoirement à une grande ouverture de l’Italie chrétienne et laïc, à tous les courants migratoires. Ces deux tendances majoritaires dans le pays, ont fait de l’Italie un territoire où prospèrent tous les mouvements de solidarité réunis dans de nombreuses ONG disséminées à travers le monde  et notamment en Afrique où s’illustrent religieux, volontaires ou bénévoles laïcs.

Giusi Nicolini, maire ouverte de Lampedusa. Ph.Dr

En Europe impériale,  l’Italie est un cas singulier parce que ‘’il bel paese’’ n’a jamais réussi à s’imposer comme puissance dominatrice à l’instar de la France et de l’Angleterre. Elle connut plutôt des déboires historiques en Ethiopie, en Libye et dans les autres pays envahis par les fascistes de Benito Mussolini. Et pourtant, en parcourant les villes italiennes, on s’aperçoit que les grandes places publiques, les boulevards et les rues sont baptisées du nom des colonies, quand on trouve à peine en France ou en Angleterre quelques rues rappelant le passé colonial.

Dans cette configuration d’un pays ouvert et généreux, Lampedusa détient la palme d’or pour son accueil et sa grande humanité envers les migrants déversés nuit et jour sur ses côtes. Malgré ce coup porté à son tourisme et son image mise à rude épreuve, Lampedusa continue de traduire l’hospitalité  et refuse de jeter à la mer le flux incessant des migrants avec leurs histoires tragiques et d’espoir.  Malgré l’implantation des mouvements politiques nationaux néofascistes prônant la tolérance zéro à l’égard des migrants, le chômage d’une grande partie de la population, le maire, son conseil ainsi que les hommes et femmes politiques de premier plan, se dévouent à accueillir, soigner et secourir la jeunesse du monde  fuyant son pays à la recherche d’un el dorado en occident.

Le président Félix Houphouët-Boigny qui a fait de la paix sa religion, en instituant ce prix prestigieux, entendait que les braves, toutes celles et tous ceux qui œuvrent pour la consolidation de la paix entre les peuples dans le monde, soient reconnus et honorés. Si le jury du Prix qui porte son nom entend ce plaidoyer et choisit madame Giuseppina Nicolini,

Le maire de Lampedusa,  ce ne serait que justice faite à toute l’Italie à l’heure où des murs de la haine et du rejet se dressent un peu partout à travers l’Europe.

Une contribution de Pascal Koffi Teya, journaliste (Directeur de publication de l’Observateur du Nord-Est)

 

 

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