Quel organe pour l’organisation des élections en 2 015 ? (Réédition)

Quel organe pour l’organisation des élections en 2 015 ? (Réédition)

Abidjan, le 22-09-202 (crocinfos.com) En 2014, Ago Christian Kodia, Consultant en gestion des élections, s’interrogeait sur l’organe des élections en 2015, dans le quotidien Fraternité Matin  de Jeudi 20 mars 2014 / N° 14 790 (P : 2, Débats et Opinions), et donnait quelques pistes de solution. Six ans plus tard, nous rééditons pour vous, l’intégralité de son opinion sur la question, qui est encore d’actualité. .

Depuis quelques mois, dans les médias ivoiriens, la question de la composition de la Commission électorale indépendante (Cei), suscite des passions et fait couler beaucoup d’encre.

Au-delà des tractations devant mener à la désignation de la personne qui devra diriger l’organe de gestion et d’organisation des élections, c’est un devoir de s’interroger sur la structuration même de la Commission chargée des élections, bien plus que sur la personnalité de son président.

En effet, pour le citoyen lambda, les élections, ce sont la campagne, le jour du vote et, bien plus, la proclamation des résultats. Si ces trois évènements sont caractéristiques des élections, la démocratie, elle, demande bien plus et son expression requiert plus de technicité.

De mémoire d’expert électoral, nous pouvons affirmer sans grand risque qu’aucune contestation ou crise post-électorale n’a jamais eu pour base une divergence politique. C’est toujours sur des arguments techniques que les politiques fondent leurs contestations. Ce qui, clairement, démontre que l’organe chargé de conduire les élections doit d’abord être technique, si nous voulons anticiper sur les différends. D’aucuns diront que les élections sont d’abord politique, oui certainement. Mais, les controverses politiques se manifestent à la phase préélectorale. Le cadre juridique et le consensus politique sont la réponse à ces contestations. Cependant, la crise post-électorale, elle, malheureusement passe par un lot de violences et de déchirement social, sur fond de chicanes techniques.

‘’Faisons de l’organe en charge de la gestion des élections une administration permanente, animée par des techniciens démographes, juristes, administrateurs civils, cartographes, informaticiens, sociologues,…’’

Aujourd’hui, une Commission électorale technique pour exprimer l’expression démocratique des Ivoiriens est possible, au regard du nombre d’Ivoiriens qui gèrent, à un haut niveau, les questions électorales dans les organes de l’Onu dans plusieurs pays en crise. Nous pouvons citer feu Blé Kacouchia qui fut, avant sa mort en 2011, l’adjoint de la Division électorale puis conseiller technique principal du projet élection du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). Tout en lui rendant hommage, nous saluons l’œuvre des nombreux Ivoiriens techniciens et spécialistes des élections de par le monde et dont l’appui à leur pays nous garantira sûrement l’émergence démocratique.

Partout, dans le monde, il y a des organes chargés d’organiser les élections. Pis, il y a des contestations électorales. Mais pourquoi ces querelles n’aboutissent-elles pas à la violence ? Tout simplement parce que l’organisation technique ne laisse pas les contestations sans réponse et ne donne pas des réponses évasives.

La bonne préparation technique des élections, gage d’une maîtrise des coûts, est un instrument de prévention et de gestion des conflits. Une commission composée de techniciens est l’organigramme qui semble être le mieux adapté pour un pays comme le nôtre, sortant d’une crise née d’un contentieux électoral. Si l’on est en passe d’aboutir à un consensus politique sur la composition de l’organe qui aura la gestion des futures élections, a-t-on déjà trouvé le consensus technique ?

 Les dispositions sont-elles prises pour éviter à notre pays ce qui s’est passé en 2011 ? Le cadre législatif et juridique a-t-il été revu ?

‘’L’organe en charge des élections, comme toute administration, doit être technique et au service du peuple. En Côte d’Ivoire, il est même indépendant. Mais comment concevoir son autonomie s’il est issu des partis politiques ?’’

Des formations ont-elles été dispensées aux membres des partis politiques en charge des questions électorales ? Le système de collecte et de transmission des résultats a-t-il été amélioré ?

Quel découpage électoral pour 2015 ? La liste des préalables techniques est longue et nous indique que les réflexions techniques sont d’une importance capitale.

Les tractations se font au niveau politique à chaque élection et les contestations se font ensuite au niveau technique à l’annonce des résultats, censés être représentatifs de l’expression du peuple. Allons-nous continuer de nous mettre d’accord politiquement et ensuite mettre en péril la vie des militants ou des citoyens?

L’organe en charge des élections, comme toute administration, doit être technique et au service du peuple. En Côte d’Ivoire, il est même indépendant. Mais comment concevoir son autonomie s’il est issu des partis politiques ?

Le règlement intérieur prévoit qu’une fois désignés, les membres sont tenus au secret des délibérations et sont indépendants vis-à-vis de leur chapelle politique. Mais, à la réalité, « qui peut scier la branche sur laquelle il est assis »? Faisons de l’organe en charge de la gestion des élections une administration permanente, animée par des techniciens démographes, juristes, administrateurs civils, cartographes, informaticiens, sociologues…

La Côte d’Ivoire regorge de toutes ces compétences et même en exporte. L’émergence économique et sociale est en marche, il faudrait lui adjoindre l’émergence politique et mieux, l’émergence démocratique. C’est à ce prix que nous pourrons assurer la pérennité des efforts qui sont actuellement faits pour hisser la Côte d’Ivoire à la place qu’elle n’aurait jamais dû quitter et la classer parmi les pays démocratiques du monde dont l’objectif, aujourd’hui, n’est plus qui va diriger le pays mais comment va-t-il le diriger.

Dans ces pays, le peuple ne meurt plus pour les élections et le pays n’attrape pas la fièvre dès que se profile la saison électorale.

Par Ago Christian Kodia

 kodiachristian@yahoo.fr  

Consultant en gestion des élections

 

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