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[Reportage] Bin-Houyé : un nouveau pont d’amitié entre la Côte d’Ivoire et le Liberia

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Le nouveau bac est une réalité

crocinfos/ Publié le : 19 avril 2017 à 6 h 35 min

Il est environ 10 h ce vendredi 7 avril 2017 sur les bords du fleuve Nion, à Dohouba, village situé à 3 kms de la commune de Bin-Houyé, à l’extrême ouest de la Côte d’Ivoire, le nouveau bac qui doit relier la Côte d’Ivoire au Libéria dans l’Ouest est une réalité. 

L’une des carcasses de l’ancien bac, retirées de l’eau

À portée de vue, dans un décor digne d’une ferraille, où s’entremêlent  débris de fer, de câbles et de carcasses rougies par l’effet des intempéries, se dressent, sans gloire, les​ vestiges de l’ancien bac.

Cet engin qui fut pendant longtemps le seul moyen de locomotion entre la Côte d’Ivoire et le Liberia, a subi les effets de la furie destructrice des bombardements des Sukhoi lors de la guerre de septembre 2002.

À quelques mètres de  là, rompant avec ce décor de désolation, s’offre à notre regard, fièrement, le nouveau bac à trailles dont les travaux de construction vont bon train.

D’ailleurs, un peu partout dans la ville, on ne parle plus que de la construction du bac dont les deux ponts ont été lâchés sur la rive du côté ivoirien. Une grande fierté pour Monsieur Chérif Vassigui, responsable des travaux rencontrés sur les lieux. « Les installations du bac et son accostage avec des câbles-mères, des câbles de guidage ainsi que les pylônes, sont achevées », relève-t-il tout sourire.

M. Vassigui continue son propos en révélant que son équipe a dû « faire sortir des carcasses de l’ancien bac pour pouvoir mieux travailler. Mais, il en reste encore sous l’eau. Cela ne fait pas partie des clauses de notre contrat, mais  nous l’avons fait pour pouvoir installer l’engin. »

Après quatre mois d’intenses travaux, le bac prévu pour transporter « 16 tonnes,  marchandises et voyageurs compris », devra cependant attendre encore le bitumage de la dernière bande de voie menant au quai. C’est que cette voie fendue par endroit, laissant entrevoir des fossés béants, expose les usagers, notamment les véhicules de marchandises à des risques de patinage et d’embourbement lors des pluies.

Monsieur Chérif Vassigui, responsable des travaux fier d’avoir terminé son boulot dans le temps

Pour Monsieur Vassigui et son équipe, le cahier des charges qui leur a été soumis, a  été respecté et exécuté. Aussi lance -t-il avec une pointe de plaisir qu’il peine à cacher: « Dans le contrat, on devrait livrer l’ouvrage dans un délai de quatre mois. Nous avons travaillé toute la carrosserie du bac à Abidjan et l’avons monté sur place ici. Notre mission a donc pris fin dans le délai ; il reste celui des contrôleurs pour la livraison du bac », renchérit Chérif Vassigui. Il ajoute par ailleurs « qu’une fois installé, le bac doit être entretenu au moins chaque cinq ans, vu qu’il est dans l’eau douce et au moins chaque trois ans s’il était dans l’eau de mer. »

Les coques et autres carcasses de l’ancien bac, qui présentent une pâle image à côté de la belle allure du nouveau en construction, sont là pour rappeler la triste page de l’histoire des populations de cette zone en général et particulièrement le souvenir de ce bac qui constituait le seul trait d’union entre les populations riveraines installées de part et d’autre des rives du fleuve Nion.

Dame Mathias Gontin (au centre), sa sœur et ses enfants rencontrés au bord du fleuve

Mais l’espoir est de retour et les souvenirs douloureux peuvent désormais se conter au passé, un passé qui s’éloigne chaque jour un peu plus. Et c’est pleins d’espoir que dame Mathias Gontin, sa sœur et ses enfants, tous habitants du village de Dohouba, à moins de 300 mètres du fleuve, passent des moments paisibles au bord de l’eau à contempler les allées et venues de la seule pirogue qui, désormais, fait la navette entre les deux rives. « Quand nous n’avons rien à faire au village, la  petite famille vient passer quelques moments de la journée ici. Notre souhait est que le nouveau bac reprenne rapidement du service, car le bombardement de l’ancien bac a considérablement diminué les échanges commerciaux entre Bin-Houyé et le Liberia », indique notre interlocutrice.

« C’est le bac de la réconciliation »

Dame Gontin n’a pas fini de nous entretenir que des voyageurs arrivés pour la traversée, ne boudent pas leur plaisir à prendre des « photos souvenirs » sur le bac dont la livraison à l’État ivoirien ne saurait tarder. Monsieur Guéi Mathurin, un fils de la région manifestement ému et qui, jusque-là suivait les conversations avec les journalistes indique «  c’est le bac de la réconciliation entre nos parents du Liberia et nous. Nous prenons ces images de souvenir pour les leur montrer et dire que le nouveau bac est prêt.»

Juste derrière, les deux ponts du bac lâchés sur la rive du côté ivoirien.

Monsieur G. Mathurin n’a pas tort, car l’information de la livraison très prochaine du nouveau bac sur le fleuve Nion a franchi les frontières ivoiriennes. « Moi, je me rends au moins cinq fois par jour à Boutouo (Ndlr : premier village du Libéria en provenance de la Côte d’Ivoire), où mes parents résident. Avec le bac, nous pouvons leur envoyer facilement certains engins lourds qu’ils nous recommandent », renchérit Miss Betty Falone, femme d’affaires basée à Abidjan et présentement en congé dans le village.

Ce matin, les traversées en pirogue sont l’affaire de Kakeuma Mike, jeune apprenti piroguier vivant au Liberia et qui vient travailler avec son patron, un jeune ivoirien que nous n’avons malheureusement pu trouver sur place. « Mon patron est un jeune ivoirien ; il est allé faire des courses en ville », indique-t-il dans un français approximatif.

Kakeuma Mike, jeune apprenti piroguier vivant au Liberia, fier de brandir un billet de 100 dollars

Tout comme nos différents interlocuteurs, Kakeuman Mike attend avec beaucoup d’impatience la mise en service du bac pour augmenter son revenu. « Nous gagnons parfois 5000 à 10 000 FCFA par jour, selon l’affluence des voyageurs. Je pense que quand le bac sera opérationnel, nous allons gagner plus d’argent », estime-t-il.

Le visage radieux, le jeune libérien fait partager sa petite idée : « Quand le bac va commencer à transporter les marchandises, beaucoup sont ceux qui voudront attendre leurs bagages de l’autre côté de la rive en empruntant la pirogue. »

Le lancement des activités du nouveau bac viendra, à coup sûr, rétablir la liaison de façon stable et sécurisée des marchandises et des biens entre le Liberia et la Côte d’Ivoire.

Sériba Koné envoyé spécial à Dohouba

 

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